Auteur, compositeur, interprète, directeur artistique et programmateur de la Cité de la Musique de Marseille, Chevalier des Arts et des Lettres, Mànu Théron est depuis trente ans l’un des artisans du renouveau des musiques vocales populaires en France et particulièrement dans les pays d’Òc.
Après des études aux Beaux-Arts de Marseille, son parcours le mène en Italie puis en Bulgarie, où il observe au début des années 1990 les pratiques de transmission, de recherche et de création liées aux musiques populaires. De retour à Marseille en 1995, il fonde avec Barbara Ugo et Sam Karpienia Gacha Empega. Munis de tambours sur cadre du Maghreb et d’Italie méridionale, les trois chanteurs confrontent les répertoires occitans aux polyphonies et polyrythmies méditerranéennes. De cette expérience naît une manière nouvelle d’envisager le chant d’Òc : percussif, collectif, contemporain, volontiers traversé par l’énergie du punk et la recherche de la transe.
Ses rencontres avec les musiciens d’El Hillal de Béni Abbès, dans le Sud algérien, puis avec de nombreux artistes d’Italie méridionale approfondissent cette réflexion sur les relations entre voix, rythme, poésie et exaltation collective. En 2000, Mànu Théron fonde Lo Còr de la Plana, chœur de chanteurs-percussionnistes qu’il dirige jusqu’en 2022. Du quartier marseillais de La Plaine aux scènes internationales, de l’Olympia au Carnegie Hall de New York, le groupe porte une polyphonie occitane entièrement réinventée et contribue à faire émerger une nouvelle génération d’ensembles vocaux. Son travail est récompensé par le Grand Prix de l’Académie Charles Cros en 2003 puis par le prix SACEM des musiques du monde en 2005.
Avec Nora Mauriaucourt, il fonde en 2003 la Compagnie du Lamparo, qui rassemble ses recherches, créations et actions de transmission. Collectes, ateliers, stages, rencontres et collaborations y interrogent la place des patrimoines populaires dans la création contemporaine et les conditions de leur ré-appropriation. Depuis 1996, Mànu Théron mène ainsi un important travail pédagogique autour du chant collectif, de la polyphonie et des répertoires occitans, en France comme à l’étranger.
Son parcours donne naissance à de nombreuses créations qui dessinent une géographie musicale reliant Marseille à l’ensemble du monde occitan et méditerranéen. Avec Patrick Vaillant et Daniel Malavergne, Chin Na Na Poun revisite l’œuvre du poète marseillais Victor Gélu. Ve-Zou-Via, réunissant Lo Còr de la Plana et les Napolitaines d’Assurd, célèbre les parentés populaires de Marseille et Naples. Madalena, oratorio réunissant vingt-trois chanteuses occitanes autour de la Cantinella de Sancta Maria Magdalena, réinvestit un texte processionnel marseillais du XIIe siècle. Avec Grégory Dargent et Youssef Hbeish, Sirventés replace la poésie politique des troubadours dans un imaginaire musical contemporain aux résonances orientales.
Avec Polifonic System, il réinterroge les musiques de bal occitanes par l’électronique et l’invention vocale. Piadas, conçu avec le poète Roland Pécout, fait dialoguer sa poésie avec Rimbaud, Kerouac, Ginsberg, Pasolini ou Hafez. Depuis 2023, le Duò Lavoà Lapò, fondé avec Damien Toumi, poursuit cette recherche en revenant à la puissance de la monodie populaire, au rapport organique entre voix et percussion et à ce que Mànu Théron nomme volontiers les « recettes de survie en milieu linguistico-musical hostile ».
Collaborateur de musiciens et créateurs tels que Raphaël Imbert, Sam Karpienia, Fantazio, André Minvielle, Claude Sicre ou le Collectif XY, il développe une pensée musicale où création, recherche et transmission demeurent indissociables. Nourrie notamment par les œuvres et réflexions de Robert Lafont, Félix Castan et Roland Pécout, comme par les parcours de Jean-Claude Acquaviva, Danyèl Waro ou Érik Marchand, sa démarche défend moins la conservation d’un patrimoine que sa capacité à redevenir un outil de création et d’émancipation.
À travers ses compositions, ses directions artistiques, ses enseignements et aujourd’hui son travail de programmation à la Cité de la Musique de Marseille, Mànu Théron poursuit ainsi une même entreprise : faire de la vocalité occitane une pratique pleinement contemporaine, ouverte au monde sans jamais renoncer à la singularité linguistique, poétique et musicale qui la fonde.
Créations
Le tombeau suspendu
2025 : Esperits
2022 : Batesta
2019 : Ieu Ieu
2018 : Amor
2015 : Noêl des Pays d’Òc
2013 : Madalena
2011 : Noels Nomades
2007 : Trobà Nova
2005 : Chants Politiques
2026 : Collectif XY
2024 : Kemya Nostra
2023 : Tramuntana
2019 : Influx
2017 : Tafori
2013 : Arbaatache Orchestra2013 : Ve Zou Via
2010 : Lo Còr El Maya El Assila
2005 : Chin Na Na Poun
2002 : Lo Còr de la Plana
2025 : Grand Chœur d’Arles
2024 : Madalena
2021 : Duò Lavoà Lapò
2018 : Piadas
2016 : Sirventès
2013 : Sur un air de Trenet
2012 : Polifonic System
2009 : Lo Còr de la Rosa
2005 : Lo Còr de la Bouche
1996 : Gacha Empega



Discographie :
- Gacha Empega / Polyphonies Marseillaises – l’Empreinte Digitale,1998
- Arco Alpino – Modal 2000,
- Lo Còr de la Plana / es lo titre – Nord-Sud, 2003
- Chin Na Na Poun – Daqui, 2006
- Lo Còr de la Plana / tant deman – Buda, 2007
- Chin Na Na Poun / au cabanon – Buda, 2010
- Lo Còr de la Plana / marcha – Buda, 2012
- Sirventés – Accords croisés, 2014
- Polifonic System / totem sismique – Buda, 2019
- La petite Naples / Opération Sultan, 2023
À paraître :
- Piadas, Dins lei piadas dei Gigants, Buda, 2026